TEXTES DIVERS

HÉ ! LÀ MONSIEUR LE TEMPS,
Marc Antoine CIANFARANI
Hé ! là Monsieur le Temps, ne courez pas si vite !
Ma jeunesse s’en va mourir sur les chemins
Attendez-
C’est si court aujourd’hui et c’est si près demain
Et les années s’en vont, et les mois et les jours,
Ne laissant dans nos vies qu’un parfum d’aventures,
Avec ces souvenirs qui reviennent toujours
Réveiller dans nos cœurs nos joies et nos blessures...
Hé ! là, Monsieur le Temps, laissez-
La vie tourne et s’en va comme un pauvre manège,
Dès que le printemps meurt vient la première neige
On se réveille à peine.., et c’est déjà demain !
____________
SI TOUS LES PIEDS DU MONDE (mai 1962)
Si tous les pieds du monde
Voulaient se donner la main,
Qu’elle serait belle la ronde
Courant sur les chemins,
Sur les chemins du monde
De Kiev à St-
Si tous les pieds du monde
Se prenaient par le bras,
Tous les méchants du monde
Seraient dans de beaux draps...
Et notre mappemonde
Bruisserait de chansons,
Si tous les pieds du monde
Vibraient à l’unisson !
Si tous les pieds du monde
Entamaient tous en chœur
Leur course vagabonde.
Vers de sages bonheurs
L’idée serait féconde
Et l’avenir meilleur
Si tous les pieds du monde
Battaient d’un même cœur !
Et nous, déracinés de nos souches lointaines,
Nous apportons nos pieds, nos pieds discrédités
Nos pieds noirs engourdis dans leur ancienne gaine,
Heureux de se trouver dans votre intimité !
Ils vont unir leurs joies, leurs travaux et leurs peines,
A vos joies, vos travaux et vos peines d’humains,
Petits maillons tout noirs de cette immense chaîne
Qui va ensoleiller nos futurs lendemains,
Jusqu’au jour merveilleux où -
Délaissant à jamais leur vernis exotique,
Nos pieds noirs délivrés des nostalgies d’Afrique,
Au ciel gris de Paris redeviendront tout blancs !
____________
LA CHANSON DES ANCIENS JOURS (1963)
Quand j’ai le cœur plein de tristesse
Au souvenir du temps passé
Des clairs matins de ma jeunesse
Des horizons que j’ai laissés
Quand mon esprit est en partance
Au pays des jours envolés
Plus rien pour moi n’a d’importance
Rien ne sait tant me consoler
Qu’une chanson !
Deux ou trois notes qu’on fredonne
Sur ma guitar’ quelques accords,
Deux ou trois rimes qu’on me donne
Mon cœur et moi, on est d’accord
Je vois s’éloigner ma tristesse
L’espoir renaître en mon cœur lourd
Et je découvre avec tendresse
La chanson de mes anciens jours
Notre chanson !
Cette chanson ell’ me rappelle
Le beau pays où je suis né
Un vieux village, une ruelle
Le soleil nous riant au nez...
Mes vieux copains, je vous retrouve
Aux sentiers de mes souvenirs,
Et pardonnez-
Tant le besoin de m’étourdir
D’une chanson !
C’est la chanson du temps qui passe
Et qui revient à chaque instant
Et dès qu’un ennui me tracasse
Je me souviens des jours d’antan...
Deux ou trois notes sur ma guitare
Et je retrouve avec amour
Ce vieux refrain dont je m’empare
Lorsque parfois j ‘ai le cœur lourd
Ce vieux refrain dont je m’empare,
Notre chanson !
__________
JE NE REGRETTE RIEN… (1965)
J'étais instituteur, petit maître d’école,
Un marchand d’alphabet conscient de ses devoirs...
Sans avoir le génie du général d’Arcole,
J’essayais d’appliquer les règles du savoir...
Je rêvais d’emmener aux chemins de lumière
Ces petits musulmans doués et travailleurs,
Les pauvres ou les riches, le luxe ou la misère
Issus de la noblesse, du bled ou bien d’ailleurs...
Je mêlais à l’étude, en parfaite harmonie,
Les sports. qui exaltaient leurs qualités naissantes,
Tout en leur inculquant, et sans cérémonie,
La force d’accepter les défaites blessantes...
Ainsi coulait la vie, ô combien exaltante !
Tout cet Amour offert au nom de la patrie,
Nous n’avons pas aimé qu’il ait été flétri
Quand le vent nous a pris dans sa longue tourmente !
Mais je veux n’en garder que les tendres images
Des petits musulmans qui m’aimaient bien, je crois...
Loin des censeurs chagrins et des esprits étroits,
C’est peut-
Et quand je me retourne sur ces pages lointaines,
Un peu de nostalgie vient m’étreindre le cœur...
Sans aucune amertume, sans la moindre rancœur,
Je sais que notre foi était loin d’être vaine !
Et là-
C’est mon père et ma mère que je revois en rêve...
Ils ont tant fait aussi pour que tout ce blé lève
Que j’ai pris le relais que m’ont tendu leurs mains !
Je ne regrette rien... Et s’il plaisait à Dieu
D’interrompre ma vie.., bien au-
Je sais qu’autour de moi, tous mes petits élèves
Viendront me faire escorte
au moment de l’adieu...
___________
NOSTALGIE (1982)
Je descends doucement la pente de la vie
Jusqu’au gouffre tout noir des champs de solitude
Et pourtant, je l’avoue, je meurs parfois d’envie
De retrouver le goût des riches plénitudes,
Le goût de mes vingt ans, le goût de mes amours,
Des bonheurs frémissants de mon adolescence,
L’amour de mes parents dont la tendre présence
En ce monde un peu fou me manquera toujours...
Je descends doucement la pente de la vie
Emporté par le temps au cycle monotone,
De l’hiver au printemps, de l’été à l’automne,
Jusqu’au terme attristant des tables desservies...
Et vous, tous mes amis, mes compagnons de route,
Témoins souvent lointains des bonheurs disparus,
Je ne vous oublie pas et le cœur aux écoutes,
Il me semble vous voir à chaque coin de rue...
Je revis avec vous, comme une immense fresque,
Les pages d’un passé riche de souvenirs
Et en fermant les yeux, parfois je pourrais presque
Imaginer qu’un jour vous allez revenir...
Mais j ‘ai pris doucement la pente de la vie
Et tournent les saisons en emportant mes rêves
Avec, au fond du cœur, l’espoir inassouvi
Qu’au bout du long chemin.., un nouveau jour se lève