HUMOUR ET POESIE

 

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Rencontres fantasmagoriques

 

   Tandis que je baguenaudais dans les environs immédiats du foyer Sainte-Constance, je vis arriver, venant d’un ailleurs menant nulle part, un personnage que je n’eus aucun mal à identifier. Pensez ! on se fréquente depuis un certain nombre d’années. Sa majesté El Rey del Piedmont puisqu’il faut l’appeler par son nom, capable à elle seule de mettre en émoi le corps médical de son petit état. Sans hésiter un seul instant, El Rey m’interpelle... (sans toutefois m’apostropher).

   El Rey : Bonne djorne el Présidenté

   Moi : Ex Président Sire. Commé va ?

   El Rey : Va bène Présidenté. Va bène, mouillé bène. Ma...

   Moi : Ma qué Sire ?

   El Rey : Ma, qué c’est à côôsse dé vous qué yé souis oblidgé de ezzhiber à tout le monde ma quéquette splendida.

   Moi : Et porké Sire ?

   El Rey : Porké, porka la misère, tou ditche qué y’en a toujours el Poncto Négro !

   Moi : Et aloré Sire ?

   El Rey : Et aloré, yo souis montré qué y’en a blou... mame si tou la tourne, la ristourne...

   Moi : Sire, ascouzate mi. Si tou na blou del Poncto Négro, tou na blou rien à faire ici, car ici El Rey del Piémonte esté El Rey del Poncto Négro. Tou kabit-che ?

 

   Le roi resta coi. En fait, je crois qu’il ne « kabitche niente ».

   Il s’en est allé rêveur non sans toutefois promettre qu’il se repointerait, le cas échéant, avec le « Poncto Négro » qui a forgé sa réputation.

   Il a décliné mon invitation à honorer de sa présence notre regroupement messin.

 

   À peine El Rey avait-il tourné les talons et l’angle de la rue, qu’arrive, venant d’un ail-leurs menant nulle part, un « soldat militaire » du 3ème RTA. Bataclouss, puisqu’il faut l’appeler par son nom, capable à lui seul d’enrichir le langage imagé de son régiment. Sans hésiter un seul instant, il me salue avec force « salamaleks ».

 

   Bataclouss : J’salue bienne bor vous, bor ton femme, bor toute ton famille y bor tote lis’amis à vos’ôtres igalment.

   Moi : Saha Bataclouss. Comment qu’ça va bor toi ?

   Bataclouss : Bor moi, ça va el Hamdoula. M’lih, M’lih bezef, loukène...

   Moi : Loukène quoi Bataclouss ?

   Bataclouss : Loukène, la firiti ci ba très bô, comme ti dire chez vos’ôtres. Y s’foute tojors d’mon gueule à moi bor cette p’tite mousique d’rien di to, qu’ji fère ac’mon boche... Ci ba bossible ça !

   Moi : Bataclouss, « Ak Rabi », c’est pas de toi qu’on rit.

   Bataclouss : Aï Ouah, ti vois, ti fère des insoultes à moi : ti dir CON rit. Qui ci l’CON qui rit, hein ? Ti crois qu’ci rigoulot ça con même ?

   Moi : Non Bataclouss, ci pas de toi qu’on/que l’on rit... c’est de tes supérieurs.

   Bataclouss : Aï Ouah. Mes Soubarieurs y sont pas Co con même. Con même un peu...

   Moi : Pourquoi Bataclouss tu dis ça ?

   Bataclouss : Borquoi l’aut’jor, la p’tite mousique ci pas ac’la boche qu’ji fère... y li Soubarieurs y voient rien di toot,

   y sentir seulement...

   Moi : Bataclouss, merci. T’y es gentil tout’a fi. Ne verse pas dans le vulgaire « El Ham Oueldik » et ça ira comme ça.

   Bataclouss : Asmah, ti fère di bouss-bouss à totes li gens d’chez toi : li cobines qui tojors li rigol, li z’amis qui fère li bakanal et totes ceuss qui s’amouze comm di folles... kif kif li Mahboules. Ou Allah, Ou Allah, Bataclouss li joyeux bor toi.

 

   Sacré Bataclouss, on l’aime bien tout de même. Ah, j’ai oublié de vous dire qu’il a été promu, par ancienneté des services, 1ère classe de carrière. Toujours aussi gai, aussi léger de corps et d’esprit, il s’en alla comme s’en fut allé El Rey, sans se retourner.

 

Norbert BABIN