HUMOUR ET POESIE

 

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Faire des pieds et des mains

 

(Par Norbert BABIN, en mars 1999)

 

 

   Commencer par ne pas chercher à comprendre et se laisser aller... à pied, la main dans la main, pied à pied, une main tenant l’autre, cloche-pied même jusqu’à en être sonné.

 

   Stopper tout. Joindre alors les pieds et les mains. Haut les mains ! O les mains jointes ! comme pour prier.

 

   En tout cas, ne pas lever le pied pour détaler. Rester mains en l’air, comme un demeuré ayant un pied-à-terre. Faire le pied de grue et attendre. Pieds et mains liés... par la pensée, avec l’air inspiré par une lumineuse idée.

 

   Attendre. Attendre Berthe, celle aux grands pieds, la petite main du quartier. Si Berthe vient, c’est OK. Si elle ne vient pas, c’est paumé.

 

   Dès lors, s’en aller, une main devant une main derrière (sage précaution peut-être). Prendre en main son destin et, du même coup, prendre pied là où l’on est.

 

   Puis, sans se presser, reprendre son pied par la main... et, errer ça et là. De la main à la main, se faire la main sans pour autant faire du pied à cette belle main-là. Se rappeler tout de même qu’avoir une belle main d’atouts, de tout et de n’importe quoi n’implique pas que l’on ait, ipso facto, un pied-bot.

 

   Une belle main, un pied-bot, c’est du beau ! Bravo ! Non, bravo c’est battre des mains  en tapant des pieds parfois. D’autres, pour une toute autre raison, battent la semelle en se frottant les mains.

 

   Bref, assez vite, et toujours sans chercher à comprendre il faut mettre la main au panier... Non pardon, à la pâte en évitant de mettre les pieds dans le plat. Les pieds dans le plat, ce qui n’a rien à voir avec les pieds plats... lesquels, au demeurant, n’empêchent en aucune manière d’avoir la main légère, preste, mais pas obligatoirement leste. Prendre en sous-main, ce qui est sous la main pour finalement en avoir sous le pied.

 

   Ne pas hésiter à mettre les mains dedans (dans le plat, dans la pâte, dans le plâtre tout aussi bien) tout en s’obligeant à mettre les pieds ailleurs. Quand on en a plein les mains, lesquelles sont toujours dedans, mettre les pieds dehors. Là, on se retrouve de plain-pied dans le vif du sujet.

 

   Solliciter éventuellement un coup de main, un coup de main de maître si possible. Eviter absolument le coup de pied. Même bien ajusté, il mène toujours « quelque part, n’importe où, guidé par le hasard... ». Si, malgré ces précautions, on le prend, le coup de pied, une seule solution : la mise à pied de cet homme de main, de ce valet de pied, homme de rien, qui essaie, là, maintenant,

   - la main tenant... quoi ?

   - Rien évidemment

   qui essaie donc de s’en laver les mains. Il n’est même pas sûr d’ailleurs que cela lui fasse les pieds. Mais vous, vous vous serez entraîné à vous faire la main et qui sait peut-être même à prendre votre pied !

   (Salaud ! c’est du propre ça !)

 

   Comme ce n’est pas très propre effectivement, se laver les pieds à main nue, ou à main gantée. Puis, saisir un torchon, sorte d’essuie-mains des pieds, et frotter, frotter, frotter sans relâche, jusqu’à ce que les mains blanches changent de couleur.

 

   Ne pas insister pour les pieds qui s’acharnent à demeurer ce qu’ils sont: d’indéfectibles Pieds-noirs !

 

   De pied en pied, puis de main en main, passer la main pour clore, selon votre choix,

   cette recette à la noix. Vendre sur pied ce chef d’œuvre fait main. Son prix ? Sans prix. Il vaudra ce que vous en ferez... (pas grand chose assurément).

 

   En tout cas, moi, j’ai essayé, de dire, à ma manière.

 

Norbert BABIN