
HISTOIRE DE L’ECOLE NORMALE

le 20 :mars 1941
Le Préfet de Constantine
à
Monsieur le Gouverneur Général de l’Algérie
Comme suite à votre dépêche du 6 février dernier, n°551, j’ai l’honneur de vous faire connaître qua question de l’affectation nouvelle des bâtiments de l'École Normale de Garçons de Constantine a fait l'objet de propositions contenues dans une lettre du 25 novembre 1940, n° 17.293 (adressée à votre direction de la Santé Publique) par laquelle je vous ai demandé la transformation de cet établissement scolaire en hôpital psychiatrique.
En ce qui concerne l'École Normale de Filles, Monsieur l’Inspecteur d'Académie de Constantine a adressé des propositions à Monsieur le Recteur de l’Académie d’Alger pour y installer des salles de classes et les services de l’Inspection Académique.
Je n’ai aucune objection à formuler au sujet de cette dernière affectation.
Pour le Préfet
Le Secrétaire Général
Renseignements concernant les Ecoles Normales de CONSTANTINE
L'Ecole Normale de CONSTANTINE a été créée en1878 celle de MILIANA en 1874
En 1904, la Compagnie du Gaz cédait à la ville quatre mille mètres carrés sur
la route de l’hôpital pour la construction d’un groupe scolaire. Celui-
Outre l’Ecola Pasteur pour les filles et l’Ecole Michelet pour les garçons, on avait édifié une Ecole Normale de filles dont la création, prévue dès 1904, avait été décidée en 1906. Cet établissement ouvrit ses portes le 20 octobre 1908.
L’Ecole Normale de Garçons, quant à elle, donnait des inquiétudes au conseil municipal. Construite sur la pente du Mansourah, elle était soumise à des glissements de terrain qui avaient rendu nécessaires des travaux de consolidation, en attendant de trouver les crédits pour la reconstruire. Début aôut 1908, au cours d’un tremblement de terre qui ébranla la ville, elle souffrit particulièrement et fut transformée en édifice branlant. Le directeur l’abandonna, préférant camper sous une tente avec sa famille.
Devant l’urgence de la situation, il fut décidé que l’école quitterait ces locaux pour occuper, au Faubourg Lamy, l’ancien séminaire qui avait été fondé en 1872 et fermé en 1908.
Les tribulations des Ecoles Normales
En fouillant dans les dossiers des «ARCHIVES D’OUTREMER» à AIX EN PROVENCE, j’ai
trouvé ces deux lettres, datant des années 40, parmi d’autres qui concernaient les
Écoles Normales de Constantine .(Générique:ALG-
On y apprend donc que les services de l’Académie devaient s’installer à l'École Normale de Filles , que l'École Normale de Garçons a failli être transformée en Hôpital Psychiatrique et qu’elle était réquisitionnée par l’armée qui voulait en faire une école d’enfants de troupe. C’eût été dommage car nous n’aurions pas connu ce vénérable bâtiment.

Le 20 avril 1942
Le Recteur d’Académie d’Alger
Objet: Création d’un hôpital psychiatrique à Constantine
A diverses reprises l'attention de l’Administration supérieure a été attirée sur l’encombrement des services de psychiatrie des établissements hospitaliers de l’Algérie. Parmi les solutions envisagées figure la création d’un hôpital psychiatrique à Constantine.
La réalisation de ce projet doit permettre le traitement des malades mentaux de ce département moyennant un prix de journée inférieur à celui pratiqué à l’hôpital psychiatrique de Blida, tout en évitant le transfert onéreux des aliénés évacués de l’hôpital de Constantine.
A la suite de la décision prise par le Gouvernement de supprimer les Écoles Normales d’instituteurs et d’institutrices, l’utilisation de l'École Normale de Garçons de Constantine comme hôpital psychiatrique avait été envisagée et un projet de transformation avait été établi.
Or un décret du 15 août 1941, portant création d’Instituts de Formation professionnelle pour les maîtres de l’Enseignement primaire a mentionné l'École Normale de Constantine parmi celles à transformer en Institut.
Le projet fut donc abandonné et une enquête fut faite pour rechercher un établissement se prêtant à l’aménagement d’un hôpital psychiatrique.
Cette enquête a établi que dans le département de Constantine il n’existait aucun bâtiment de cette nature. La construction d’un hôpital a été envisagée mais les circonstances actuelles paraissent difficilement permettre la réalisation des travaux étant données les difficultés rencontrées pour s’approvisionner en matériaux de construction.
Dans ces conditions, l’Administration a été amenée à reconsidérer le projet de transformation en hôpital psychiatrique de l’ancienne École Male, d’autant que des renseignements ont été communiqués à ce sujet qui éclairent cette question d’un jour nouveau
En effet l’Institut de Formation Professionnelle n’utilise qu’une petite partie des bâtiments pour 20 à 30 élèves, le reste étant réquisitionné par l’autorité militaire.
On ne peut s’empêcher de regretter que ce bâtiment, dans lequel pourraient être installés plus de 300 lits d’aliénés soit utilisé par des services susceptibles de se loger dans des locaux bien moins importants.
Je me propose donc de reprendre le projet de transformation en hôpital psychiatrique de l’immeuble dont il s’agit.
Je vous serais obligé de vouloir bien me faire connaître si vous avez des objections à formuler à ce projet
L’armée avait même l’intention d’occuper la totalité du bâtiment pour y installer une école d’enfants de troupe.
Notre mémoire
Histoire de l’Ecole Normale de Filles
Pendant la guerre 1939 / 1945
Renseignements aimablement communiqués par Liliane MARTIN, adhérente et sa soeur Jeanne
Promotion 38.41
Sortie de l’Ecole Normale, en janvier 1941, après obtention du B.S., pour:
-
-
-
Directrice de l’Ecole Normale (38.39) Mademoiselle ROQUES
Econome: Mademoiselle BAUDOT
Promotion 39.42
Dernière promotion à passer le Brevet Supérieur
Elle a été la plus sacrifiée: a dû passer son B.S. en deux ans et a de suite été nommée en poste. L’Ecole Normale, fermée, on ne pouvait les loger nulle part.
Directrice de l’Ecole Normale: (39.41) Mademoiselle APPAIX
Econome : Mademoiselle LEMESTROF gérait l’économat
Professeurs: Français : Mlle LOVICONI
Histoire-
Mathématiques : Mlle LEMESTROF
Sciences : Mlle DESPLACE
Arabe: Mr ABOULKER
Chant : Mme BLANCHET
Gymnastique: Mme OGNIBENE
Monsieur RAYNAUD était professeur de sciences à l’Ecole Normale de garçons.
Promotion 40.43
Première promotion à être accueillie au Lycée Laveran
A cause des langues (elles n’en ont qu’une: anglais ou arabe) qu’elles pratiquent moins bien que les lycéennes d’origine, elles sont placées en seconde, section B2 (normaliennes).
Elles enseignèrent à partir d’octobre 1943, sans formation pédagogique prélminaire.
Promotion 40.43
Simone COUHIER (Sétif)-
Promotion 41.44
Filles: 10
Garçons : 24
Accueillies au Lycée Laveran en 2°B2
3° année 43 -
Tout le monde en philo
Chez les garçons on déplore le décès de BALARUC (maladie)
Puis tous les autres garçons sont mobilisés. Nous nous sentons veuves et bien peinées de voir qu’ils n’auront pas la chance de terminer tranquillement leurs études, comme nous.
On leur fera passer le Bac, chacun, à leur retour.
Rentrée 44: c’est le grand flou pour nous. Aucune nouvelle, nous attendons chez nous patiemment.
Nous recevons une convocation en novembre pour l’Ecole Normale de Constantine où nous suivrons une année de stages rémunérés.
L’Ecole Normale de Filles ne peut nous accueillir; elle est encore occupée.
L’Ecole Normale de Garçons, en partie libérée, nous accueillera en externes pour les cours de psychologie de l’enfant, pédagogie générale, pédagogie spéciale, toutes les matières: chant, Education physique, travail manuel;;; + pendant le premier trimestre, cours d’agriculture et pendant le deuxième trimestre, cours de secourisme..
(formation pour les écoles de bled où on nous enverra spécialement)
La Directrice, Mlle ARETEG vient des Pyrénées Orientales avec un accent fort rocailleux
Pas d’internat, donc: celles dont les parents habitent Constantine sont autorisées à loger chez elles.
Les autres sont logées chez l’habitant, proche de l’Ecole Normale de garçons
où elles prennent leur petit-
Anecdote
Un soir, la cuisinière nous dit que Monsieur André Gide est accueilli chez le
Dircteur de l’Ecole Normale. Sans une hésitation, nous allons chez le Directeur.
Sa femme vient nous ouvrir et nous disons : « nous avons appris que M. Gide est chez
vous et nous voudrions le rencontrer»-
Nous suivons les cours dès 8 heures du matin à L’E.N. de garçons et allons par groupes de 2 ou 3 en stage à l’Ecole Annexe qui, elle, n’avait pas fermé et avait continué à fonctionner comme Ecole Primaire. + conférences + visites.
Une année de travail forcené mais très riche et très enrichissante
Poésie normalienne
Promotion 1941 -
De tous temps les normaliens ot prouvé qu’ils ne manquaient pas de verve et d’invention.
Le 20 novembre 1941 les filles prennent l’initiative d’envoyer une lettre aux normaliens pour se faire connaître (avec photos à l’appui)
Le 4 décembre les garçons répondent aux filles sur le même mode
Les filles étaient appelées des «Simone» et les garçons des «Paul».
Voici le contenu de ces deux lettres

Simone à Paul
Paul à Simone
